A pieds !

Premier canicross, première souffrance, premier plaisir

canicross ibardin depart

« L’humaine bouge dans le lit. Je crois bien que le réveil a sonné. Je ne sais pas trop à quoi ça sert étant donné que je me lève que quand j’en ai envie. Aujourd’hui, j’ai décidé de faire la grasse matinée. Les quatre fers en l’air, je l’entends me parler. Peut-être que je vais réagir. Ou pas. Sa voix est aussi endormie que mon corps sur son lit. Malgré tout, je sens un sourire naître au fur et à mesure qu’elle me parle. Je crois bien que la journée va être riche en émotion. »

Le 29 avril dernier, Théo et moi avons affronté notre premier canicross. C’était une petite victoire, une grande souffrance et surtout un beau moment de partage.

Canicross et tourments

canicrossTout d’abord, il faut savoir que jusqu’en février, je ne souhaitais pas faire de courses avec Théo. J’étais sceptique sur les conditions de participation et je pensais clairement que ce n’était pas pour nous. Après réflexion et par envie de faire, moi aussi, cette expérience, je me suis dit que « qui ne tente rien, n’a rien » et que je n’allais pas mourir bête. J’avais repris la course avec Théo depuis quelques semaines, je devais juste nous préparer (entre les gouttes de pluie) pour la course organisée par le Kanikros Iparralde.

Cependant, plusieurs questions se sont imposés :
– comment Théo allait-il gérer les autres chiens ?
– comment allions-nous affronter l’excitation du départ, lui, qui a dû mal à gérer ses émotions ?
– comment allais-je donner confiance à mon chien sensible et méfiant envers l’inconnu ?

Je connais mon chien, mais je ne savais pas comment il allait vivre cette nouvelle expérience. J’avais beaucoup d’appréhension. J’ai énormément douté, de lui, de moi, de nous. C’était compliqué. J’ai même hésité à me retirer. Bien sur, dans ma tête, il était clair que je n’imposerais jamais rien à mon chien, si Théo ne se sentait pas à l’aise, je serais restée sur le banc de touche.

Finalement, le 29 avril est arrivé plus vite que prévu. Je n’étais pas si bien préparée que ça, mais bon, nous étions là alors c’est parti.

Dans un premier temps, je fais une première reconnaissance sans Théo :
où est-ce que je dois récupérer mon dossard ?
où est-ce que je dois me présenter pour le contrôle vétérinaire ?
Ensuite, je pars chercher Théo. Première difficulté. On doit « marquer » Théo avec un spray colorant. Une affaire un peu compliquée. Théo est assez méfiant face aux inconnus, il faut qu’il prenne le temps d’observer et de sentir. Heureusement personne n’attendait son tour. Je lui demander de se concentrer sur moi le temps du « marquage ».

Canicross ibardin

Le retrait du dossard est moins tendu. Il est 9h, les caniVTT vont partir sous peu, je ramène donc Théo dans la voiture pour plus de tranquillité. Je fais bien. Les binômes se présentent au récapitulatif du parcours. Le micro rappelle les étapes, passages techniques et ajoute une information inédite, un taureau est en pâturage, il est donc fortement conseillé de le contourner. Sans blague.

A 9h30, je m’installe pour observer le départ des caniVTT, une première pour moi. Excitation et aboiements sont au rendez-vous, une petite boule se forme dans mon ventre en me disant que dans une heure, nous serons sur le départ, nous aussi. Les binômes partent un par un. Je suis impressionnée par la motivation et la puissance que les chiens mettent au départ, ils sont même freinés par les VTT qui peinent à démarrer.

Après ces quelques départs de folie, je rejoins Théo dans la voiture. Après quelques caresses (je ne sais pas qui j’essaie vraiment de rassurer), nous faisons donc une petite balade avant l’échauffement. J’essaie d’esquiver les chiens qui veulent le sentir de trop près. Ensuite, je pars m’échauffer seule, je sens passer le manque d’entraînement des derniers jours. Je me demande sincèrement si je vais supporter les montées et comment je vais gérer les descentes.

Il nous reste environ un quart d’heure avant le départ, je sors la bête pour nous échauffer à deux. Mes jambes me semblent plus légère avec lui au bout de la ligne. Il est un peu perturbé par les autres chiens, certains ont l’air plus cool que d’autres. J’ai le droit à quelques grognements par-ci, par-là, mais nous maîtrisons la situation. On appelle les canicrosseurs au départ!

Canicross et souffrance

Pour le départ, nous partons par vague de trois binômes. Théo et moi sommes dans la dernière vague avec un autre binôme. Le chien à côté a hâte de partir. Théo, lui, essaie de comprendre ce qui se passe. On nous appelle sur la ligne de départ. Théo regarde son compagnon de départ prêt à partir. 3, 2, 1… Go!

canicross

Théo se lance, moi, à sa suite, je vois la ligne de trait qui s’allonge de plus en plus, jusqu’à ce que je sente le baudrier buter sur mes fesses. C’est le moment où je m’envole. Il ne m’a jamais fait d’aussi beau départ. Il est motivé, il se donne, on reste aux coudes à coudes avec l’autre binôme. Pour la première fois, Théo montre une motivation à la course qui lui manque quand nous sommes en solo. Merci l’autre binôme.

J’ai déjà le souffle coupé quand se présente la première montée. J’espère la faire en courant, mais nous rattrapons l’avant dernière vague et plusieurs chiens s’arrêtent pour des besoins urgents. Je suis coupée dans mon élan, je marche, je crois que mes jambes sont en train de me maudire. Cette montée me paraît interminable. Je suis rassurée car je ne suis pas la seule à marcher et souffler dans cette première partie.

Après avoir laissé mes jambes quelque part dans la montée, nous attaquons une partie plus tranquille. Le chemin est large, les autres binômes reprennent leur course, moi, je m’arrête pour retirer la muselière de Théo. Nous sommes seuls, je n’ai pas prévu d’aller doubler qui que ce soit, surtout qu’une descente nous attends.

Dans ma chance, quelques minutes après avoir enlevé la muselière de Théo, nous croisons un spectateur avec son chien qui, bien sur, a décidé qu’il allait foncer dans Théo. Heureusement, le chemin était large et Théo éloigné du chien. Nous reprenons notre chemin en réfléchissant à la façon dont je vais affronter la descente avec Théo.

Aussi interminable que la montée, je laisse Théo en avant en lui demandant de ralentir pour ne pas me faire tomber. C’est là qu’un photographe a décidé de se poster pour immortaliser ce moment. Je vois encore les autres binômes devant. Tout du long, j’étais plus concentrée sur une éventuelle chute que sur la course en elle-même.

Premier ravito, Théo est un chameau, il boit très peu, moi, par contre, je ne fais pas l’impasse dessus. J’en profite pour reprendre mon souffle et remettre mon corps en marche. Les prochains kilomètres seront plus faciles, faux plat et chemins en sous bois. Théo est toujours aussi motivé, si mes jambes pouvaient suivre, nous aurions fait une envolée canine. Malheureusement pour lui, il se traîne un sacré boulet.

Il est l’heure de s’enfoncer dans la forêt et le début des épisodes boueux. Théo est aux anges, il me fait des bons de cabri au-dessus des flaques et, je suis ballotée en essayant de les éviter. J’espère ne pas enfoncer mon pieds dans cette marre de boue devant moi, c’est raté. Pieds gauche trempé.

canicrossUn virage et voilà que se profile la seconde descente. Avec les récentes pluies, un filet d’eau coule sur des cailloux, j’ai le choix entre les aiguilles glissantes à droite ou le cours d’eau et un meilleur appui sur les cailloux. Théo lui est prêt pour une embardée, eau et boue, le paradis pour mon compagnon à quatre pattes. Pour cette descente, je ne me suis pas emballée, j’ai ramené Théo au pied et nous avons fait la descente en marchant. Nouveau photographe pour immortaliser le moment où vous allez chuter. Toujours pas. Je suis étonnée d’être encore sur mes deux jambes en arrivant en bas. Nous passons une dernière piscine boueuse avant de regagner du plat.

Dernière partie sympa, toujours dans le sous bois, nous traversons cinq ruisseaux où Théo fait le plein d’énergie. Je pense que c’est son moment préféré, à un moment j’ai même du mal à le reprendre avec moi, il est prêt à courir dans l’eau. Nous prenons le temps de rigoler un peu et, moi, de reprendre mon souffle et mes jambes, enfin d’essayer.

C’est la dernière montée qui approche. Je suis au bout de ma vie et ça se voit. Je l’attaque en marchant, j’ai envie de vomir et Théo se fait une promenade de santé. Je suis en train de laisser mes poumons sur le chemin quand il s’arrête pour pisser. J’ai l’impression que cette course ne finira jamais. Pourtant ce n’est que cinq kilomètres. C’est que nous courrons deux à trois fois par semaine, mais d’habitude, c’est du plat et du sable.

Je commence à voir la fin de mon calvaire en haut du chemin et les spectateurs qui me regardent. Ils m’encouragent, poussent mon chien à aller de l’avant, mais je ne suis pas sûre que je veuille qu’il aille trop en avant à l’heure qu’il est. Je trime et me plains en arrivant en haut, ce sont les derniers mètres, il faut que je cours.

Je n’y arrive pas. Mon corps me dit clairement « merde » et mon moral est quelque part dans la boue. Théo me regarde, attends, je ne peux pas arriver en marchant, je vais le faire, nous allons le faire. Nous reprenons notre course tranquille. Théo n’est plus en avant, mais à mes côtés. C’est ainsi que nous passons la ligne d’arrivée, côte à côte.

ibardin

Canicross et plaisir

Nous arrivons bons derniers. Nous avons fait la course à notre rythme, enfin plutôt au mien. Je n’étais pas préparée et je l’ai bien senti. En revanche, j’ai redécouvert mon chien au travers de ce premier canicross. C’était un vrai plaisir de sentir Théo se tendre vers l’effort. J’aurais voulu pouvoir le suivre, pouvoir le soutenir, pouvoir m’envoler avec lui.

Je ne pensais pas pouvoir viser une performance avec Théo. Je croyais que mon chien était trop lourd, pas assez endurant, que ce n’était peut-être pas pour nous. Il m’a montré tout le contraire. Il m’a montré que la course ça le bottait. Il m’a montré qu’il pouvait rester calme malgré des chiens excités qui le regardaient de travers. J’ai découvert une nouvelle facette de sa personnalité dans cette course et elle n’a fait que me donner envie d’aller plus loin avec lui.

canicross On trouve parfois du plaisir dans la souffrance. Sincèrement, je ne pensais pas aller jusqu’au bout. Dès les premiers mètres, le départ de Théo m’a laissé sur le carreau. A courir seul avec lui, je n’étais pas préparée à cette envolée canine. Je ne le croyais même pas capable de tenir la distance. Finalement, c’est moi qui n’étais pas préparée pour cette course. C’est bien beau de courir sur du plat, de rester assise dans son canapé une semaine avant la course, mais ça n’aide pas à gravir le dénivelé et à aborder des descentes avec un chien de 48kg qui vous tracte. Il a voulu relancer le galop plusieurs fois, mais mes jambes ne suivaient pas.

Je ne suis pas fière de moi, je manquais d’entraînement, mais je suis fière de mon chien. Fière de la volonté qu’il a d’être présent à mes côtés, d’être fort pour nous deux. Certes nous n’avons pas explosé le chrono, néanmoins, nous sommes arrivés dans le temps que j’avais estimé. La prochaine course n’en sera que meilleure.

Je retiens surtout une chose de ce premier canicross, Théo me sort de ma zone de confort, il me pousse à aller plus loin, à me dépasser et à atteindre mes objectifs. Il est un allié au quotidien, dans les moments de doute et les moments de joie. Courir avec lui, c’est plus qu’enchaîner les kilomètres, c’est apprécier de souffrir quelques minutes avec le meilleur être à vos côtés.

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5 réflexions au sujet de « Premier canicross, première souffrance, premier plaisir »

  1. Super course ! Tu peux aussi être fière de toi. Tu as fini et surtout tu as eu le courage de te lancer dans l’aventure. J’espère que tu connaîtras d’autres courses encore plus fun !

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  2. Haha j’adore la remarque sur le taureau à contourner ! Bah mince alors, vous auriez pu être ses potes 🙂 My gosh ce parcours de combattant, je serais décédée au bout de 10 min à peine à ta place ! Je le visualise très bien sauter par dessus les flaques de boue dans les bois et courir dans les ruisseaux ^^ C’est un bel article en tout cas, j’ai eu l’impression d’être avec vous. Et tu as eu du courage de faire ça malgré ton peu d’entraînement. Bravo à ton loulou si motivé, il a l’air tout content sur ta dernière photo d’ailleurs 🙂 ❤

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